//Par Pierre Lansonneur//

 

Le Climate Finance Day qui s’est déroulé à Paris du 26 au 28 novembre 2018 permet de revenir sur un sujet de plus en plus récurrent dans le monde de la Finance : placer l’Homme et la planète au cœur des préoccupations. En effet, le célèbre monétariste Milton Friedman avait instauré le concept de « bottom line » pour les entreprises, c’est-à-dire que seul le résultat net (la dernière ligne du compte de résultat) comptait et que l’objectif final d’une entreprise était de maximiser le profit de ses actionnaires. Aujourd’hui, de nouvelles considérations apparaissent, comme le concept de « triple bottom line » qui fait référence à l’association des enjeux financiers, environnementaux et sociaux.

Bruno le Maire concluait le Climate Finance Day de l’année dernière avec cette formule frappante : « La finance sera verte ou ne sera pas ». Il est à l’image de la France qui souhaite s’engager dans la transition écologique et s’imposer comme un acteur majeur de la Finance responsable. En effet, suite à la COP21 en 2015, apparaissait la loi n°2015-992, connue pour son article 173 qui vise à faire prendre conscience aux grands investisseurs de l’importance capitale de la transition écologique : pour ce faire, ceux-ci doivent porter leur attention sur les critères ESG notamment. On peut également citer la loi Pacte qui, semblerait-il, d’ici 2022, obligera les fonds en assurance-vie à investir une partie du contrat dans la finance socialement responsable et une autre dans la finance verte. Suite à ces innovations juridiques, l’on assiste également à des innovations financières avec les fonds dits à impact qui concilient rentabilité et enjeux sociaux, mis en place par Alter Equity, l’entreprise s’associe aujourd’hui avec le fond de donations du Louvre. Ainsi, si le rendement est supérieur à 5%, l’excédent sera reversé à la conservation du patrimoine bâti français. En parallèle, Paris, en tant que place financière verte, s’impose avec plus de 21% du stocks d’obligations vertes émises, ce qui en fait le second marché mondial en termes de green bonds, et les nombreux événements à Paris Europlace ayant pour but de promouvoir la finance responsable. Le premier pas avait cependant été fait en 2007 avec le LDDS (livret de développement durable et solidaire) qui remplaçait le Codevi (livret de développement industriel). Une bonne idée qui est cependant ternie par le manque de transparence sur l’utilisation de ce placement, est-il si solidaire ou s’agit-il juste d’écoblanchiment ?

Il s’agit de la plus grande zone d’ombre qui persiste au-dessus du monde de la finance verte, y’a-t-il de réels engagements ou les banques et autres fonds d’investissement redorent juste leur image à laquelle ils tiennent tant ? La Caisse des dépôts a bien réduit son investissement dans les secteurs polluants de 27%, cependant il n’en est pas de même pour les banques françaises. C’est la BNP Paribas qui illustre le mieux l’ambiguïté autour de la finance responsable dans le secteur bancaire français. En effet, la BNP Paribas consacre 155 milliards d’euros à la transition écologique (en crédit accordé à des entreprises qui contribuent à l’objectif des 2° voire 1,5°), elle est acclamée pour l’arrêt de son investissement dans les firmes du tabac et également parce qu’elle renonce à financer des projets d’exportations de gaz et de pétrole de schiste. Cependant, selon le rapport Oxfam publié dernièrement, la BNP Paribas est la banque française qui finance le plus les énergies fossiles, 12,8 milliards contre seulement 3,3 dans les énergies renouvelables. C’est à l’image de son financement de RWE, le premier producteur de charbon, au cœur d’une polémique au sujet de l’agrandissement des mines sur des surfaces forestières : 1 milliard d’euros seraient alloués au géant du charbon allemand. L’argument mis en avant : la BNP Paribas accompagne RWE vers la transition écologique et la diversification…

Bref, la France est sur la bonne voie mais a encore du retard, puisqu’en effet il lui faudrait investir entre 50 et 70 milliards de plus chaque année pour atteindre ses objectifs. Cependant qu’en est-il pour le reste du monde ?

L’effet d’entraînement se met en place peu à peu. En effet, chez de nombreux acteurs de la finance internationale, les engagements se concrétisent car comme le disait Philipe Zaouati : « Prendre des engagements c’est important, les tenir c’est encore mieux ». L’on assiste à Wall Street à la création du Wall Street network on Substainable development initié par Michael Bloomberg, dans le même temps Yngve Slyngstad, le patron de la Norges Bank Investment Management (banque et fonds d’investissement norvégien, gérant 1000 milliards de dollars) exprime également sa volonté de se tourner vers l’investissement responsable. Connu pour ses positions éthiques, Yngve Slyngstad souhaite se désengager de l’investissement dans le secteur pétrolier, un comble pour un fonds qui s’est développé sur l’extraction de l’or noir ? Pour ce qui est de l’Asie de l’Est, on peut noter que le Japon a dédié 10% de son portefeuille à des investissements responsables ESG ou encore que Hong Kong a créé le Green Finance Certificate.

 

 

Sources :

http://www.brinknews.com/asia/can-sustainable-finance-thrive-in-asia/

https://www.oxfamfrance.org/rapports/banques-francaises-les-fossiles-raflent-la-mise/

https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/climate-finance-day-bnp-credit-agricole-et-societe-generale-comment-les-banques-francaises-prennent-le-virage-vert-146597.html

https://www.cafedelabourse.com/actualites/finance-verte-quand-investissement-devient-responsable

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